ID rance
Par Benoît le jeudi 25 août 2011, 14:58 - Cinéma - Lien permanent
Cette
semaine, rattrapage de quinze ans de retard culturel, avec enfin la vision
intégrale de ce spot géant pour le protectionnisme cosmoplanétaire,
Independance Day.
Je m'excuse par avance auprès des défenseurs d'un cinéma « décomplexé », « sans prise de tête », « sans temps mort » et « qui déchire » (entre autres expressions toutes faites pour les lecteurs de Mad Movies). D'autant que dans le cas de Roland Emmerich, il m'arrive de les comprendre : dans le divertissement complaisant et ne reculant devant aucun raccourci crétin, Le Jour d'après, 10000 et même Godzilla n'étaient pas si repoussants. Dans les grosses taches laissées par ces rouleaux compresseurs, on peut percevoir un amour sincère – mais aveugle – du cinéma à gros budgets qui pousserait l'Allemand à produire des engins plus hénaurmes les uns que les autres. Mais rien à faire : cet engin-là, Independance Day, reste proprement indéfendable.
Qu'est-ce qui est le plus répugnant dans ce simulacre de film commémoratif ? Non, pas le discours belliciste et américano-centré défendu par un président qui prend la tête de la riposte aux commandes d'un avion de chasse. Ni le chien qui saute, dans un ralenti gluant, pour échapper aux flammes en images de synthèse mal vieillies. Ce serait plutôt le spectacle du sacrifice de soi (celui de l'aviateur vétéran du Vietnam, exemple de loser, archétype éternellement marginalisé du divertissement hollywoodien, qui ici ne se rend utile qu'en devenant kamikaze) accueilli avec une joie aveugle par la foule et par le film. Mais non, il y a légèrement pire : rendre super-cool le bidasse Will Smith qui se défoule en tabassant son prisonnier extraterrestre, juste parce qu'après tout, cette chose-là, ce n'est pas humain, ça a plein de tentacules, ça ne ressemble à rien (surtout enveloppé dans un parachute : si Smith le frappait à découvert, ce serait moins drôle), bref, ce n'est qu'un objet. À voir cette scène quinze ans plus tard, on se demande ce qu'Emmerich pense aujourd'hui de ce qui s'est passé à Abou-Ghraïb.
Je crois que c'était Serge Daney qui disait de Steven Spielberg qu'il n'aimait pas vraiment les êtres humains. En jouant une version pachydermique du divertissement spielbergien (et du coup, en anticipant de presque dix ans l'adaptation de La Guerre des mondes par ce parrain-là), Emmerich pousse l'hypothèse au-delà des limites de l'acceptable. Les personnages d'Independance Day ne sont que des figurines sacrifiables, dont l'humanité – et la grandeur – ne se définissent qu'en tatanant ce qui n'est pas humain. Pour le coup, être exaspéré par la lourdeur d'un tel cinéma ne suffit pas : là, il fait très peur.
Commentaires
Etant très loin des sphères cinématographiques, j'aime quand même bien lire ton avis notamment pour la forme de ta prose vu que je ne vois pas les films dont tu parles, mais là le coup sur Will Smith qui déboite l'alien, et toi qui t'insurge... Faut pas se tromper de cible, les aliens ils ont rasé la moitié du pays avant, tu veux qu'il lui offre l'asile politique ? Ha ba non merde, on peut pas te loger, vous avez tout pété...
Bref, film comique pour les débiles comme moi. Parfois il faut savoir sourire des clichés, se dire que c'est du second degré (volontaire ou pas, du moment que tu le perçois comme une satyre, une ironie, un cliché grossier). Et si il y a des spectateurs qui y croient, ce n'est malheureusement pas contre le film qu'il faut s'énerver...
En tout cas cool le blog, ça a un côté has been qui m'a incité à commenter.
Salut Olf
J'ai appris à me méfier de ce qu'on appelle le « second degré » et qui se trouve plus souvent dans l'œil du spectateur que dans ce qu'il observe. Ça vaut pour le ciné, la télé, les blagues, la politique, etc. (tu me connais : je ne suis pas un mec drôle). Dans le cas d'Independance Day, le public peut bien ironiser dessus (ou seulement sur l'image du bidasse dans cette scène), mais je ne suis pas convaincu que c'était le but du film, vu l'emphase avec laquelle il goupille ses scènes pour attirer une adhésion primaire et immédiate. Après, on peut considérer qu'« il vaut mieux en rire », mais il n'est pas sûr que cela dissipe les relents les plus dégueulasses de la chose...
Et non, je n'attendais pas une approche « politiquement correcte » du conflit avec apprentissage du langage ET, efforts de compréhension de l'autre, aménagement d'un espace d'accueil (genre District 9) et j'en passe. N'empêche que même sans la jouer pacifiste, la scène de traversée du désert avec l'alien dans le parachute aurait très bien pu se passer de ce coup d'éclat, de cette pure scène défouloir (où, encore une fois, je ne vois aucune trace d'ironie). En fait, c'est toujours la question du point de vue du film. Bien sûr qu'on peut comprendre qu'un type comme ce bidasse soit assez excité pour tabasser un prisonnier qui ne peut pas riposter. On peut le comprendre, mais pas l'excuser. Et ce qui est reprochable à Independance Day, c'est de montrer ce geste en faisant tout pour qu'on y adhère, pour qu'on le trouve drôle, décalé et somme toute excusable, quitte à chosifier la victime comme un vulgaire sac à patates qui ne ressentirait pas les coups. La démarche est calculée, racoleuse et misérable.
Enfin, pour le côté has-been du blog, j'assume :P Enfin, je dirais plutôt : old-school. Je trouve les réseaux sociaux un peu trop... étroits pour m'exprimer de façon pas (trop) superficielle. Merci pour le retour, en tout cas !
Salutation à la famille,
Benoît