La Dame en
noir, réalisé par James Watkins : un produit de plus pour un cinéma de
train fantôme trompeusement étiqueté « cinéma d'horreur », et qui ne sait se
vendre qu'en faisant miroiter la perspective d'un passage à la maturité. En
l'occurrence, la supposée maturité artistique de la tête d'affiche Daniel
Radcliffe, ex-Harry Potter, comme si ses huit ou neuf films précédents n'en
avaient pas fait un professionnel avant même sa majorité. L'appât-star a
fonctionné au-delà de toutes les espérances : même la critique, ce ramassis de
fainéants, s'y est laissé prendre. Quasiment toutes les critiques du film
commencent par résumer celui-ci en des termes plus ou moins enthousiastes
(l'impression qu'on en tire, et on a raison, est que ce n'est quand même pas
génial), pour ensuite s'étaler sur la performance diversement appréciée de
l'acteur, sur son changement de look, sur son air sérieux et adulte : bref,
collant exactement au cheminement de pensée suggéré par le dossier de presse,
le post-Harry Potter devant, le film derrière. Comme si le fait qu'un certain
cinéma ne semble plus capable de s'intéresser à autre chose qu'à ses
accessoires moisis, plus capable – même au sein d'un genre – d'accomplir
correctement le contrat qu'il s'est confié, restait dérisoire à côté de
la-nouvelle-carrière-de-l'enfant-star.
Lire des critiques d'un film de genre raté comme celui-là, c'est se voir confirmer que la critique de cinéma devient à ce point blasée qu'elle tend à renoncer à regarder le cinéma sous ses angles les plus fondamentaux (le rapport au monde, le rapport à l'intime du spectateur – comme ici la peur –, même le rapport au passé du septième art). De plus en plus, elle préfère se laisser paresseusement porter par les raisonnements publicitaires, que ce soit l'adhésion par défaut aux codes du genre (ce qu'on appelle pudiquement « la tradition »), la recherche de plaisir instantané ou, quand elle veut faire plus select, une vision technocratique molle de la mise en scène. L'esprit anti-académique des années 1960 est bien loin, et si le cinéma devait bien mourir un jour, cette démission du regard en serait le parfait complice.

Cette
semaine, rattrapage de quinze ans de retard culturel, avec enfin la vision
intégrale de ce spot géant pour le protectionnisme cosmoplanétaire,
Independance Day.