Rêveries d'un claviériste solitaire

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lundi 2 avril 2012

Blackout

La Dame en noir, réalisé par James Watkins : un produit de plus pour un cinéma de train fantôme trompeusement étiqueté « cinéma d'horreur », et qui ne sait se vendre qu'en faisant miroiter la perspective d'un passage à la maturité. En l'occurrence, la supposée maturité artistique de la tête d'affiche Daniel Radcliffe, ex-Harry Potter, comme si ses huit ou neuf films précédents n'en avaient pas fait un professionnel avant même sa majorité. L'appât-star a fonctionné au-delà de toutes les espérances : même la critique, ce ramassis de fainéants, s'y est laissé prendre. Quasiment toutes les critiques du film commencent par résumer celui-ci en des termes plus ou moins enthousiastes (l'impression qu'on en tire, et on a raison, est que ce n'est quand même pas génial), pour ensuite s'étaler sur la performance diversement appréciée de l'acteur, sur son changement de look, sur son air sérieux et adulte : bref, collant exactement au cheminement de pensée suggéré par le dossier de presse, le post-Harry Potter devant, le film derrière. Comme si le fait qu'un certain cinéma ne semble plus capable de s'intéresser à autre chose qu'à ses accessoires moisis, plus capable – même au sein d'un genre – d'accomplir correctement le contrat qu'il s'est confié, restait dérisoire à côté de la-nouvelle-carrière-de-l'enfant-star.

Lire des critiques d'un film de genre raté comme celui-là, c'est se voir confirmer que la critique de cinéma devient à ce point blasée qu'elle tend à renoncer à regarder le cinéma sous ses angles les plus fondamentaux (le rapport au monde, le rapport à l'intime du spectateur – comme ici la peur –, même le rapport au passé du septième art). De plus en plus, elle préfère se laisser paresseusement porter par les raisonnements publicitaires, que ce soit l'adhésion par défaut aux codes du genre (ce qu'on appelle pudiquement « la tradition »), la recherche de plaisir instantané ou, quand elle veut faire plus select, une vision technocratique molle de la mise en scène. L'esprit anti-académique des années 1960 est bien loin, et si le cinéma devait bien mourir un jour, cette démission du regard en serait le parfait complice.

jeudi 22 décembre 2011

L'esprit Gégé

C'est avec un certain effarement que j'ai parcouru, avec plus d'attention que les années précédentes, le palmarès 2011 des « Gérards », prix censés "récompenser" le pire du pire de la télévision.

Les noms des "lauréats" n'ont strictement aucune importance. D'abord parce que ce sont les mêmes qui occupent l'espace médiatique à longueur d'année, rendant toute distinction insignifiante (et vu que le monde de la télé est plus petit que celui du cinéma, on est encore plus sûr de revoir les mêmes têtes chaque année). Mais surtout parce que de toute évidence, ils ne sont là que pour être victimes, non de leurs "récompenses", mais des noms de celles-ci, la seule raison d'être visible du palmarès :

  • « Gérard de l'animatrice tellement nulle que tu te demandes ce qu'elle a bien pu faire pour décrocher son poste » ;
  • «  Gérard de l'émission qui a fait un tel krach d'audience qu'on a eu du bol que Standard & Poor's ne dégrade pas la note de la France dans la foulée » ;
  • « Gérard du type, sa tête, on dirait une marionnette des Guignols » ;
  • « Gérard de l'émission qui te fait croire que tu vas trouver l'amour, alors qu'avec ta gueule, même ta main refuse de te branler » ;
  • etc.

Et pendant que j'écris, j'apprends qu'en 2009, on a eu droit au « Gérard du Noir qui fout vraiment la honte aux Noirs »...

En fait de palmarès, les Gérards semblent surtout voués à publier les vannes les plus foireuses, mesquines, glauques que les jurés (journalistes et critiques... de télévision, donc totalement complaisants envers leur milieu) n'ont jamais réussi à placer en conversation ou sur un plateau. Parce qu'il y a fort à parier, en lisant leurs punch-lines minables, que ces petits rigolos n'exercent leur métier que faute d'avoir accédé au 20h ou chez Ruquier – c'est-à-dire à la place médiatique de leurs victimes. Le pire du pire de la télévision, ce sont des gens comme eux qui le font.

jeudi 25 août 2011

ID rance

Cette semaine, rattrapage de quinze ans de retard culturel, avec enfin la vision intégrale de ce spot géant pour le protectionnisme cosmoplanétaire, Independance Day.

Je m'excuse par avance auprès des défenseurs d'un cinéma « décomplexé », « sans prise de tête », « sans temps mort » et « qui déchire » (entre autres expressions toutes faites pour les lecteurs de Mad Movies). D'autant que dans le cas de Roland Emmerich, il m'arrive de les comprendre : dans le divertissement complaisant et ne reculant devant aucun raccourci crétin, Le Jour d'après, 10000 et même Godzilla n'étaient pas si repoussants. Dans les grosses taches laissées par ces rouleaux compresseurs, on peut percevoir un amour sincère – mais aveugle – du cinéma à gros budgets qui pousserait l'Allemand à produire des engins plus hénaurmes les uns que les autres. Mais rien à faire : cet engin-là, Independance Day, reste proprement indéfendable.

Qu'est-ce qui est le plus répugnant dans ce simulacre de film commémoratif ? Non, pas le discours belliciste et américano-centré défendu par un président qui prend la tête de la riposte aux commandes d'un avion de chasse. Ni le chien qui saute, dans un ralenti gluant, pour échapper aux flammes en images de synthèse mal vieillies. Ce serait plutôt le spectacle du sacrifice de soi (celui de l'aviateur vétéran du Vietnam, exemple de loser, archétype éternellement marginalisé du divertissement hollywoodien, qui ici ne se rend utile qu'en devenant kamikaze) accueilli avec une joie aveugle par la foule et par le film. Mais non, il y a légèrement pire : rendre super-cool le bidasse Will Smith qui se défoule en tabassant son prisonnier extraterrestre, juste parce qu'après tout, cette chose-là, ce n'est pas humain, ça a plein de tentacules, ça ne ressemble à rien (surtout enveloppé dans un parachute : si Smith le frappait à découvert, ce serait moins drôle), bref, ce n'est qu'un objet. À voir cette scène quinze ans plus tard, on se demande ce qu'Emmerich pense aujourd'hui de ce qui s'est passé à Abou-Ghraïb.

Je crois que c'était Serge Daney qui disait de Steven Spielberg qu'il n'aimait pas vraiment les êtres humains. En jouant une version pachydermique du divertissement spielbergien (et du coup, en anticipant de presque dix ans l'adaptation de La Guerre des mondes par ce parrain-là), Emmerich pousse l'hypothèse au-delà des limites de l'acceptable. Les personnages d'Independance Day ne sont que des figurines sacrifiables, dont l'humanité – et la grandeur – ne se définissent qu'en tatanant ce qui n'est pas humain. Pour le coup, être exaspéré par la lourdeur d'un tel cinéma ne suffit pas : là, il fait très peur.

vendredi 29 février 2008

Premier vagissement

Je n'ai jamais eu la patience de tenir un journal. J'ai au moins deux ou trois carnets dans un coin, où il m'est arrivé de noter des bricoles, mais je n'y ai plus touché depuis une éternité maintenant. La flemme, ou le vague sentiment que ces notes n'auront aucune finalité.

Alors, pourquoi un blog ? Peut-être parce que j'espère de loin qu'en exposant publiquement ma misérable prose, je devrais être incité à l'entretenir plus assidûment. Franchement, je ne sais pas. Ceci est le premier billet, ce pourrait aussi bien être le dernier. On verra au suivant.